French Arabic Basque Belarusian Bulgarian Catalan Chinese (Simplified) Czech Danish Dutch English Finnish German Greek Hebrew Hungarian Italian Japanese Lithuanian Norwegian Persian Polish Portuguese Romanian Russian Spanish Swedish Turkish Ukrainian

Le Moulin Neuf à Carsac-Aillac (Dordogne)

Il n’est pas facile de savoir qui est à l’initiative de la construction de ce modeste moulin, mais on peut affi rmer, avec des preuves suffi santes, que dès le 15ème siècle, il portait le nom de Moulin Neuf et qu’il appartenait au vicomte de Turenne, seigneur du château de Montfort.

Plus précisément, un acte daté du 28 septembre 1483 nous renseigne sur le nom des meuniers : Anthoine et Etienne Touron.
(Merci à mon grand-père qui m’a fait découvrir ce joyau en ruine en septembre 1985.)

neuf2
Le moulin en 2012, canal de fuite. Photo A. Perrier

La renaissance du Moulin Neuf

Historique

Il y a des rêves qui parfois deviennent réalité. Le nôtre était de refaire vivre le Moulin Neuf à Carsac-Aillac, sur la rivière de l’Enéa, au pied de Sarlat. Il s’est concrétisé l’année du 10ème anniversaire de l’Association Périgordine des Amis des Moulins, tout un symbole !
Durant vingt-six années, sans se presser, en utilisant la mémoire des anciens, nous avons établi les plans à l’identique.
Le sortir de sa végétation luxuriante fut un challenge car les frênes et les peupliers menaçaient les murs, les fondations et les voûtes. Il était en ruine, à l’abandon et avait été dégradé au fi l du temps.
Plusieurs étés successifs, famille, belle-famille furent mises à contribution. Pour la bonne cause, on devint alors tour à tour bûcherons, maçons, charpentiers, couvreurs, cuistots.
Les périodes se sont succédées rapidement. 

neuf1
Le moulin en 1989. Photo A. Perrier

Après l’achat en novembre 1985, la structure refait surface en 1986 / 1987, la charpente et couverture en 1988, les menuiseries à la suite. Enfi n, les portes sont matérialisées en 1989.
À partir de ce moment-là, nos vacances au moulin devinrent moins contraignantes pour le logis et le couvert, il devint même un lieu de rassemblement familial. « Ah, si les murs pouvaient parler !! »
De 1989 à 2010, des travaux divers furent menés : le curage des trompes, des souterrains, de l’étang et du canal de fuite, la remise en état du mécanisme, du rouet, de la turbine, de l’arbre d’entraînement, du banc de levée, le remplacement des vannes et leur dispositif de fermeture.
La section fonderie du Lycée de Vierzon coula pour l’occasion trois rouets, ce n’était pas habituel pour eux. Nous avons ensuite aménagé le salon pour qu’il puisse accueillir les meules, et installé une baie transparente à triple vitrage, pour permettre d’observer au sol, l’écoulement de l’eau sur les pales du rouet.
La partie souterraine du moulin a été restaurée, découverte de deux roues verticales et deux rouets à cette occasion. L’un des rouets recevait l’eau d’un aqueduc gallo-romain.

neuf3
Le moulin en 2012 avec le lac en amont. Photo A. Perrier

neuf4
Mise en eau du bief. Photo A. Perrier

Au-dessus de ces rouets, des voûtes magnifi ques qui seront mises en valeur plus tard.
Les bâtiments troglodytiques ont été remis en état et les murets de pierres sèches également.
A partir de 1989, un permis de construire a été déposé, mais ce n’est que le deuxième dossier qui a été accepté par un architecte très pointilleux, à juste cause car la vallée de l’Enéa est un site protégé.
Le choix s’est arrêté sur la grandeur des tuiles, la couleur des menuiseries, la construction liée à l’harmonie générée par la « divine proportion » et les pierres apparentes.

La nécessaire reconnaissance administrative

Lors des réunions à l’APAM, à la Fédération, j’ai rapidement compris qu’un moulin inactif, de surcroît en ruine, devait être reconnu auprès de l’administration.
C’est ce que j’ai fait, grâce aux articles et conseils issus de la revue Le Monde des Moulins.
Je suis allé aux archives départementales de Périgueux pour retrouver la réglementation de l’usine du Moulin Neuf qui datait de 1901.
Par la même occasion, j’ai découvert le procès-verbal de recollement du règlement d’eau de 1903 et d’autres documents encore que j’ai pu photocopier : (plan d’ensemble, situation, profi l en long et en travers, plan de détail du barrage, du bâtiment, de la vanne de décharge).
J’ai ensuite fait confi rmer ces côtes par un géomètre qui a attesté le repère en fonte du niveau légal et la côte au seuil (barrage déversoir).
La suite logique était de devenir propriétaire des deux terrains supportant le seuil du barrage, le passage chez le notaire a même permis de faire annexer le règlement de l’eau et l’expertise.
Enfi n, le dossier pouvait être préparé pour être présenté à la DDT.

La remise en route du règlement d’eau du bief

Après avoir averti les propriétaires riverains du curage et du nettoyage du bief et après avoir envoyé le dossier élaboré avec Marc au responsable « rivière », cela fut accordé en juin 2011.
Au cours de l’été 2011, nous avons redonné un air de jeunesse au barrage déversoir, profi - tant du faible niveau d’eau.
Pour le curage à proprement parler du bief, c’est une entreprise spécialisée qui s’en est chargée avec deux énormes engins et l’utilisation d’un laser a facilité les travaux.
L’étang a repris son aspect d’antan, les grilles ont repris leur place, le cric de vanne, modifi é avec le concours de Marc, a été remis sur le barrage déversoir.
Un peu de patience encore car à la fi n de l’été, le niveau du ruisseau était trop bas et l’Enéa ne permettait pas d’alimenter le bief sans risquer d’appauvrir la rivière.
Il a fallu attendre le vendredi 27 janvier 2012 pour que le cric de vanne laisse passer sous sa pelle le fameux débit réservé.
Après quelques minutes de terrassement, l’eau pénètre dans le bief, les pièges creusés tous les 50 mètres absorbent les saletés.
Cinquante minutes plus tard, une vague de feuilles, branches, pierres se dépose dans la prairie à la sortie de la vanne de décharge, située à 550 m du barrage déversoir. Et enfi n, l’eau retrouve l’Enéa sans la polluer.

L’arrivée des meules

Elles voulaient entrer dans le moulin avant que l’eau n’y passe ! C’est chose faite le lundi 30 janvier 2012. Pour la petite histoire, elles viennent du Massif Central, du moulin de Coteuge sur « la Couze de Pavin », pas loin de la ville de Perier qui n’est rien d’autre que mon patronyme !
Autant dire qu’elles m’étaient prédestinées.
Un grand merci à Pascal et à Alain sans qui j’aurais eu d’énormes problèmes pour trouver des meules et les ramener dans le Périgord.
Nous avons mis trois heures pour les décharger et les mettre en place sur leur support avec un transpalette et les rondins de Charles (1 tonne et 800 kg). Ste Catherine, la patronne  des meuniers, devait sans doute superviser cette journée harassante.

neuf5
Pose des meules . Photo A. Perrier

Sur les 770 mètres au total, il reste 220 mètres de bief, étang et moulin compris, canal de fuite et retour à l’Enéa.

La mise en eau

J’avais une promesse, faite à mes enfants, à respecter : l’eau au moulin, pas sans eux... vingt six ans d’attente !! Il fallait fi xer une date avec les différentes académies impliquées, ce fut le samedi 18 février 2012 à 15 h précises.

neuf6
Le bief à la prise d’eau 2012 . Photo A. Perrier

Tout le monde était présent, enfants, petit fi ls, famille, belle famille, propriétaires riverains, voisins et les artisans devenus pour la plupart des amis.
Des planches sont rajoutées à la vanne de décharge et enlevées du côté du moulin.
L’eau coule lentement, se faisant désirer et puis, comme dans un rêve, l’étang se remplit doucement. L’eau passe la grille, emprunte la trompe et, tout à coup, le bruit de la cascade de 2,50 m gronde.
Ce murmure tant attendu qui s’engouffre sous les voûtes du moulin fait partie du moulin, c’est à croire que nous l’avions, ce bruit en tête.
Le plaisir immense de notre voisin, qui nous explique que c’était le même bruit qu’il entendait lorsqu’il venait voir le meunier dans sa jeunesse.
Nous accompagnons l’eau comme à une procession. Elle ressort du moulin en empruntant le canal de fuite, passe par les buses et rejoint enfi n l’Enéa.
Le rêve se réalise, l’eau va rejoindre la Dordogne.
Comme toute fête, l’arrosage a été de rigueur, nous avons profi té de ce moment inoubliable. Redonner vie au moulin et l’arroser au champagne était le voeu de mes parents, il fut exaucé.
Conformément à la tradition, l’arbre de mai a été planté par les voisins pour célébrer cette occasion particulière.

Perspectives

Le four à pain est peu à peu réhabilité.
L’été 2012 sera consacré à la mise en place des mécanismes pour faire fonctionner les meules. (Banc de levée et des vannes)
Pour le savoir-faire, les anciens meuniers Pierre, Alain, Charles seront de précieux collaborateurs et cela aboutira à un nouvel article.
En terminant cet article, j’ai une pensée pour nos parents absents qui auraient été heureux de voir l’accomplissement de notre projet.
Merci à Josiane, Cathy et Fred de m’avoir suivi dans ce périple de vingt six ans.

Alain Perrier - Article paru dans le Monde des Moulins - N°42 - octobre 2012

Voir la fiche du moulin >>