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L’évolution des politiques territoriales, la redistribution en cours des compétences respectives et des différents niveaux de décisions doivent nous interroger. Notre organisation locale pour la promotion et la défense des moulins, au plus près du terrain, n’est une force que si nous prenons conscience de l’importance accrue du niveau régional.

Entre autres compétences, les Régions se préoccupent de plus en plus d’enjeux nationaux tels que la politique de l’eau ou celle de la conservation du patrimoine. L’exemple de la Nouvelle-Aquitaine est à ce titre intéressant. En effet, dès mars 2017, cette Région a engagé une réflexion autour de la politique de l’eau afin d’établir, dans un premier temps, un état des lieux partagé. Réflexion organisée dans le cadre d’une démarche transversale, il est à noter que les représentants des moulins furent associés à cette réflexion. Notre présence ne fut possible que parce qu’une structure régionale des moulins du Grand Sud-Ouest existe depuis de longues années et qu’elle s’est mieux structurée depuis peu pour devenir l’Association Des Moulins de Nouvelle-Aquitaine (AMNA), apparaissant ainsi comme un interlocuteur institutionnel. Cette concertation avec les acteurs concernés par la gestion de l’eau doit permettre de définir la stratégie que la Région doit mettre en œuvre à moyen et long terme. En 2017, ces travaux ont porté essentiellement sur la qualité de la ressource, sa préservation, et sur la biodiversité associée aux milieux humides. Les représentants des moulins, présents par l’intermédiaire des représentants de l’AMNA, ont pu signaler à diverses reprises que le patrimoine bâti des rivières était largement négligé au profit de la restauration écologique des rivières, largement priorisée malgré les interrogations qu’elle posait. Cette approche patrimoniale et culturelle que nous avons défendue a trouvé écho dans les différents groupes de travail.

Depuis, la réflexion semble évoluer en ce sens, et l’organisation, par cette même Région, des Journées d’étude les 17 et 18 octobre, à Angoulême, sur les patrimoines liés à l’eau, fut de grande importance pour les moulins et illustre cette tendance plutôt nouvelle. Le titre de ces Journées « Ouvrages et usages du patrimoine de l’eau des rivières »
montre bien cette volonté de mettre en évidence le patrimoine culturel. Durant ces travaux, les cours d’eau furent définis comme
« interfaces particulièrement sensibles entre les patrimoines naturel et culturel dans les réflexions et les projets en cours autour de l’eau ». Enfin, une approche plus équilibrée, plus partagée, plus objective ?

Les différentes interventions ont mis en exergue l’importance du patrimoine lié aux cours d’eau. L’analyse pertinente de Régis Barraud1 sur « La notion de patrimonialisation des cours d’eau et des ouvrages hydrauliques » renforce l’idée que la dimension culturelle de l’eau apparaît sous-exploitée.
L’intervention de Madame Virginie Serna2, du ministère de la Culture, pour conclure ces Journées d’étude, a montré que la voie que nous avons ouverte pour mettre en valeur les moulins hydrauliques négligés, voire menacés par la mise en place de la restauration écologique, trouvait écho de belle façon dans les intentions de ce ministère. Sachons nous rapprocher de ces services : Patrimoine et Inventaire des Régions. Nous y rencontrerons des personnes de grande compétence, dont la sensibilité envers le patrimoine moulin nous a confortés lors de ces rencontres.

D’une manière plus générale, notre Fédération a tout intérêt à s’organiser au niveau régional, comme c’est le cas en Nouvelle-Aquitaine, pour que nous soyons considérés comme des interlocuteurs responsables et constructifs. Notre prochain Congrès devra se pencher sur cette perspective et engager notre Conseil d’Administration dans ce chantier. À chacun, sur le terrain, d’agir en ce sens, en cohérence avec la Fédération, et d'offrir ainsi notre expertise d’usage.

 

1. Régis Barraud : maître de conférences – Géographe Université de Poitiers Laboratoire RURALITÉS
2. Virginie Serna : Ministère de la Culture, Mission de l’Inventaire général du patrimoine culturel, Conservateur en chef, Chargée de mission Territoires de l’Eau-Littoral

Alain Eyquem, Président FDMF

Paru dans le Monde des Moulins n°67 de janvier 2019