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Des vannes automatiques au Moulin de Montpont-en-Bresse chez M. et Mme Mathy (Saône-et-Loire)

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Le Moulin Mathy à Montpont-en-Bresse. Photo Jean-Pierre Mathy

M. Mathy, où se situe votre moulin ?
Le moulin est situé sur la commune de Montpont-en-Bresse, en Saône-et-Loire, sur la rivière Sâne Vive. La rivière prend sa source à quelques kilomètres en amont, dans l’Ain. Localement, à une quinzaine de kilomètres en aval, à la confluence de la Sâne Vive et de la Sâne Morte, le Moulin de Montjay de taille semblable, sur la commune de Ménetreuil, est resté en état de fonctionnement. Il a été racheté par le Conseil Général de la Saône-et-Loire, puis rénové, se visite et fait partie du circuit des moulins.

Avez-vous fait des recherches sur l’histoire de ce site ?
Je n’ai pas fait de recherches sur l’histoire de ce site, mais les souvenirs de famille me permettent de donner des éléments d’information sur son histoire.
On peut voir l’emplacement du moulin et une retenue d’eau sur la carte Cassini. Une succession de petits moulins étaient installés tous les 4 km, avec de petits dénivelés de l’ordre de 2 m. Sur la commune, il existait un petit moulin à 4 km en amont, équipé d’une seule turbine, et un autre de taille équivalente en aval. Le “Moulin de Montpont” était le plus important avec ses trois turbines pour entraîner trois paires de meules pour moudre le grain des agriculteurs. Les turbines n’étaient utilisées que pendant la période hivernale, en utilisant le “droit d’eau” sur “le ban du moulin”, c’est à dire en inondant les prairies amont.

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Le Moulin Mathy, autrefois, à Montpont-en-Bresse. Photo DR


J’ai appris par des anciens du pays que mon grand-père (qui avait racheté le moulin en 1911, à 21 ans) et mon père achetaient « une hauteur d’eau » de temps en temps, en hiver, au meunier du moulin amont qui disposait d’un ban du moulin très supérieur au nôtre, en surface et en volume. De plus, la partie plus haute du moulin était équipée pour fabriquer de la farine de blé pour les boulangeries, avec des “cylindres” pour concasser le blé et un “plansichter” pour tamiser la farine. Un énorme moteur diesel entraînait l’ensemble des machines avant l’arrivée de la moyenne tension. Ce moteur diesel a dû fonctionner jusque dans les années 1950. J’avais alors huit ans et je me souviens que l’eau de refroidissement, qui était chaude, alimentait le lavoir du moulin où je pouvais me baigner. Par la suite, un transformateur électrique permettait alors d’alimenter les moteurs des machines. Il existe des photos du moulin avec sa grande cheminée, vers les années 1900, en couverture d’un livre au musée de Pierre de Bresse. Je dispose d’autres photos, vers 1940.
Mon père a entrepris de gros travaux de modernisation du moulin vers 1950, ce qui lui a enlevé une bonne partie de son cachet. À l’arrêt de l’activité, dans les années 1970, mon père a vendu le matériel. Il ne subsiste que deux turbines, quelques boisseaux et l’habillage des meules. J’ai moi-même démonté une des turbines vers 1960, car mon père remplaçait une paire de meules par un gros broyeur très bruyant. Il faut signaler que les turbines à axe vertical, du type “Fontaine” (à vérifier), étaient fabriquées localement à Louhans, à 10 km, et équipaient tous les moulins de la région. Certaines sont toujours en état de marche, par exemple au Moulin Coulon, à Sainte-Croix, à 6 km sur le Solnan. Une autre sur la Sâne Morte est utilisée par l’ancien meunier pour son chauffage électrique.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour gérer et entretenir votre réseau hydraulique ?
Concernant le réseau hydraulique, je me contentais d’entretenir le vannage pour des raisons piscicoles et de gérer le niveau d’eau lors des crues. Mais j’aurais pu très bien supprimer le vannage, comme cela a été fait au petit moulin aval. Le syndicat des rivières Sânes a fait réaliser, vers 1980, un barrage avec pelle commandée par vérin hydraulique à 200 m en amont, pour maintenir un bon niveau d’eau, dans un but piscicole.
Je tenais aussi à garder le contrôle des vannes pour éviter d’inonder mon sous-sol en aval lors des crues décennales.

Comment étaient les vannes et pelles avant modification ?
À mon départ à la retraite, en 2003, je suis venu habiter dans la maison familiale en aval du moulin. Les vannes étaient à l’abandon. Je les ai reconstruites et j’ai installé les crémaillères d’un ancien moulin local. Car auparavant, on manipulait les vannes à la main, avec des morceaux de bois sur les barreaux des vannes.

En quelles circonstances avez-vous entrepris de modifier votre installation ?
À la suite d’un litige avec de nouveaux agriculteurs-éleveurs en amont, après inondation de leurs terrains inondables en octobre 2013 ou 2014, qui me rendaient responsable et qui me reprochaient de ne pas anticiper les crues, le président du syndicat des Sânes m’a parlé de l’existence des vannes Panavan semi-automatiques. Nous avons pensé que ce serait une bonne solution pour calmer ces agriculteurs, nouveaux dans la région. Sur les quatre vannes en chêne existantes, il a été décidé d’installer deux vannes Panavan en inox et de conserver les deux autres vannes en chêne.

Pourquoi avoir choisi ce type de vannes ?
Nous avons bien analysé les plans et les vidéos des vannes Panavan et avons été convaincus de leur efficacité.

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Vannage avant travaux. Photo E. Moissonnat

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Vannage après installation PANAVAN. Photo E. Moissonnat

 

Comment se sont déroulés les travaux ? (temps, difficultés, interventions entreprises ?)
Une fois la décision prise pour ces deux vannes Panavan, j’ai fourni les photos et les plans des vannes existantes pour un remplacement simple. J’ai fixé la hauteur d’eau que je souhaitais réguler. Mes vannes en bois étaient simplement boulonnées sur la tige de la crémaillère. Il suffisait d’enlever deux boulons et de boulonner l’extrémité de la tige de la crémaillère sur la vanne Panavan. Nous avons choisi un mécanicien local, pour la forme, et je l’ai assisté pour l’opération. J’ai suggéré de renforcer les poteaux d’appui verticaux en chêne, assez dégradés, avec des “U” en acier formés à froid, de dimension standard. Nous avons donc commencé par enlever les deux vannes en bois, puis fixé les “U” sur les poteaux en chêne avec des boulons inox. Enfin, nous avons installé les deux vannes Panavan avec un boulon inox fixé à l’extrémité de la crémaillère. L’opération a duré 2 à 3 heures. Auparavant, toutes les cotes avaient été précisées et simulées avec le bureau d’études de Panavan. Le mécanicien s’était chargé de commander les “U” en acier et de percer les trous en atelier.

Pour conclure, pouvez-vous nous dire si vous êtes satisfait de cette installation ? 
Je suis satisfait du fonctionnement de ces 2 vannes semi automatiques Panavan. La conception est astucieuse et ne nécessite aucun entretien. En période hors crue ou petite crue, la régulation du niveau d’eau amont est très régulière. Pas besoin d’électricité. Depuis leur installation je n’ai plus besoin de lever les vannes lors d’une crue. La régulation n’empêche pas la crue, mais la retarde de quelques heures. Les agriculteurs riverains ne peuvent plus me tenir responsable des inondations. Mon seul travail consiste maintenant à enlever les débris accumulés devant les grilles des vannes. Le syndicat des Sânes a choisi le modèle en inox, plus cher, mais un particulier aurait peut-être choisi le modèle moins cher, en acier, avec peinture antirouille.

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Le Moulin Mathy à Montpont-en-Bresse. Photo Jean-Pierre Mathy

Interview de Jean-Pierre Mathy par Alain Eyquem - Article paru dans le Monde des Moulins N° 60 avril 2017