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Cerclage de meules à l’ancienne au moulin de la Champagne à Floirac (Charente Maritime)

Le 9 juillet 2012, plusieurs dizaines d’adhérents d’ADAM 17 (Association Départementale des Amis des Moulins de la Charente- Maritime) et d’amis du voisinage ont, entre
neuf et treize heures, certains en simples spectateurs, d’autres en qualité d’acteurs, assisté ou participé à la réalisation du cerclage à l’ancienne de deux meules du Moulin de la Champagne, à FLOIRAC.

Le moulin, construit il y a environ deux cents ans, avait, au niveau supérieur, une paire de meules de 2 m de diamètre ; à l’étage intermédiaire, pouvaient prendre place deux paires de meules d’un diamètre supérieur à 1 m. Lorsque le moulin a cessé de fonctionner, il y a une soixantaine d’années, la toiture a été démontée et vendue ; exposé ensuite aux intempéries, le mécanisme intérieur de mouture s’est écroulé.
Lorsque nous avons acheté ce moulin, si la tour en pierres de taille, certes recouverte de lierre, était en bon état, ainsi que l’escalier intérieur, lui aussi en pierres, en revanche, toutes les pièces du mécanisme qui n’avaient pas disparu gisaient, le plus souvent brisées, dans la cave, ainsi que les meules. Les quatre grosses poutres destinées à les soutenir avaient pourri.
Une nouvelle vie s’était cependant installée à l’intérieur de la tonnelle. Faucons, chouettes et petits oiseaux y avaient élu domicile, s’y reproduisaient chaque année, y vivaient apparemment en harmonie. Des sureaux, arbustes et herbes diverses prenaient racine sur les parois. Ce nouveau milieu allait disparaître lors des travaux de restauration.

Avec la mise en place d’une toiture tournante et d’ailes à barreaux munies de voiles, le moulin a retrouvé son aspect extérieur initial, labellisé par la Fondation du Patrimoine. La question de la remise en état d’éléments du mécanisme de mouture et notamment des meules s’est posée ensuite tout naturellement.

À l’issue d’une longue réfl exion, après avoir envisagé la reconstitution et le cerclage des grandes meules, les projets se sont limités à compléter les cerclages des meules les plus petites qui avaient encore deux sur trois de leurs cercles initiaux, le cercle manquant étant celui le plus proche de la partie rayonnée. Les deux meules en question ont un diamètre légèrement supérieur à 1 m et une épaisseur de 26 cm ; les deux cercles encore en place ont une largeur de 5 cm ; les deux cercles disparus, les plus proches de la face rayonnée, avaient, d’après les traces de rouille encore apparentes sur les pierres, une largeur de 4 cm.
Pour information, les deux cercles des meules de 2 m de diamètre avaient une largeur de 7 cm et une épaisseur de 1 cm.
Des avis ont été recueillis auprès de membres de l’association, qui n’en étaient pas à leur premier cerclage à l’ancienne, ainsi que d’un forgeron d’une commune voisine qui, en sa jeunesse, avait avec son père, dans leur entreprise de ferronnerie, cerclé à chaud, non des meules de moulins, mais de nombreuses roues de charrettes et de brouettes.

En défi nitive, pour réussir cette opération, il est apparu que les amis des moulins non professionnels doivent simplement respecter scrupuleusement quelques règles.

1. Mesurer le plus exactement possible la circonférence de la meule avec un mètre à ruban (éviter un mètre de couturière trop souple et susceptible de s’étirer).
2. Calculer le développement du cercle, compte tenu du coeffi cient de dilatation : pour un spécialiste, il s’agit de calculer la " fi bre neutre ".
3. Lors du chauffage, lorsque le cercle prend une couleur rouge cerise, procéder immédiatement au cerclage ; en effet, si l’on prolongeait le chauffage, le cercle deviendrait blanc, et le métal, proche de son point de fusion, se détruirait.

Le jour J, c’est-à-dire le 9 juillet 2012, sont à la disposition des " travailleurs " :

  • deux cercles de développement, l’un de 3,25 m pour la meule dormante monobloc, l’autre de 3,26 m pour la meule tournante (reconnaissable à ses découpages, autour du trou central, pour l’emplacement de l’anille), réalisés avec deux barres d’acier doux, cintrées avec une rouleuse, de 4 cm de largeur et 0,5 cm d’épaisseur ; par rapport à la circonférence des meules, la circonférence des cercles a été réduite de trois fois l’épaisseur des fers, soit 1,5 cm (0,5 x 3). Un point de soudure a été effectué pour joindre les extrémités des barres sans les superposer, et constituer les cercles ; un morceau de barre de 30 cm a été soudé, à l’extérieur, sur la jonction, pour la renforcer. De ce fait, les deux extrémités du cercle ne sont pas superposées. Il a été constaté que les cercles ne pouvaient, à froid, se mettre en place.
  • quatre tiges métalliques de 1 m de longueur (réalisées par Jean-Michel), fort astucieusement terminées par un " U " permettant de saisir et de transporter les  cercles du foyer aux meules ; des marteaux et deux arrosoirs remplis d’eau ;
  • des bûches de châtaignier et de résineux pour alimenter le feu.

Assistaient aux opérations, le Conservateur Régional du Patrimoine, ainsi qu’une équipe de télévision réalisant des séquences - ainsi qu’au moulin voisin de la Sablière - pour une prochaine émission " Des Racines & des Ailes " sur France 3.

Dans la prairie, à proximité du moulin, à quelques mètres des meules installées sur des parpaings, le feu est allumé vers 9h et l’opération de cerclage se termine vers 12h30. Entre temps, sont entrés successivement en action :

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  • les chauffeurs, en particulier Jacky et Jacques, chargés d’entretenir les fl ammes sous les cercles posés sur quatre fers IPN d’une hauteur de 20 cm. À défaut d’essences nobles, telles le chêne ou le hêtre, n’importe quel bois peut convenir. Il convient d’entretenir les fl ammes sous les cercles, et de fi nes bûches peuvent faire l’affaire ; l’essentiel est de maintenir un chauffage régulier et d’égale intensité sous toutes les parties des cercles et de surveiller l’apparition de la couleur rouge cerise ; celle-ci peut survenir plus ou moins rapidement, selon le bois utilisé et la qualité des braises.
  • quatre transporteurs, obéissant à Roger qui, surveillant attentivement le feu, a observé que le métal (après 3h de chauffage) devient rouge cerise, Daniel, Michel, Lionel, Paul, se saisissent des pinces, transportent et déposent successivement les cercles sur les meules correspondantes ; les dimensions ont été bien calculées, la dilatation est convenable, car les cercles se mettent facilement en place et ne glissent pas de la position recherchée.
  • deux frappeurs (ex-transporteurs) munis de marteaux, frappent, sans brutalité, les cercles encore malléables pour qu’ils épousent au mieux les contours de la pierre.

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  • deux arroseurs enfi n provoquent des nuages de vapeur, en déversant l’eau de leurs arrosoirs sur les cercles, qui ainsi se rétractent rapidement et ne pourront plus être séparés des meules.

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L’opération se termine par une réunion amicale, à l’ombre d’un petit bois d’acacias, où s’activaient Thérèse, Béatrice et Annick. Chacun aperçoit, au dessus de la façade de la maison, les ailes du moulin qui tournent lentement et espèrent, peut-être, entraîner la rotation de meules produisant de la farine.

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En 1809, on comptait en Charente-Maritime 1754 moulins à vent en activité, un record national.
Aujourd’hui, avec ses trois moulins restaurés par leurs propriétaires et munis de toits et d’ailes, la petite commune de Floirac est une des seules, sinon la seule, à avoir su en conserver autant.
Cette journée fut l’occasion de perpétuer, en cette région prédestinée, dans une atmosphère conviviale, la mémoire d’une activité traditionnelle de cerclage de meules à l’ancienne.

Henri TAUZIN
Photos Annick TAUZIN et Thérèse FRIBAULT - Paru dans Le monde des moulins N°45 - Juillet 2013